Maroc: enfants volés

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Message par Deborah le Ven 4 Mai - 13:50

Maroc : enfants volés en quête d’identité


Sarah LEDUC
Il y a 6 heures


Dans le Maroc des années 1970 et 1980, un trafic d’enfants opère dans le nord du pays, près de l’enclave espagnole de Melilla. Mohammed et Brahim affirment avoir été volés à leur naissance à leurs parents biologiques. Ils témoignent.

  

De leurs origines, ils ne savent rien, ou presque. Mohammed Ali Bennani et Brahim Kermaoui savent qu’ils sont nés au Maroc, il y a respectivement 36 et 39 ans. Mais l’identité de leurs parents respectifs demeure une énigme. Les deux hommes, qui vivent en France depuis leur plus jeune âge, pensent avoir été volés à la naissance à leur famille biologique pour être vendus à des parents adoptifs.

Ces récits individuels dramatiques font écho à une page sombre de l’histoire du Maroc. Dans les années 1970 et 1980, un trafic d’enfants opère dans le nord du pays, dans les villes proches de l’enclave espagnole de Melilla. Des nouveau-nés marocains y sont revendus à des familles vivant en Europe, principalement en Espagne. Près de quarante ans après, la Guardia Civile espagnole a démantelé en 2013 un réseau criminel mettant en cause 31 personnes, dont une religieuse et trois employés d’hôpitaux marocains. La police militaire a alors dénombré 28 cas de nourrissons ayant été achetés à leur mère.

Le scenario de ces transactions était souvent le même : des familles marocaines pauvres étaient convaincues d’abandonner leurs bébés pour leur offrir "une vie meilleure" au sein de familles riches. Les couples adoptants devaient alors débourser entre 1 200 et 6 000 euros pour un enfant et un faux certificat de naissance. Les femmes accouchaient ensuite chez des particuliers ou sans enregistrer officiellement le nouveau-né. Mais le trafic n’aurait pas épargné les hôpitaux. Victime présumé de ce trafic, Mohammed Ali Bennani pense avoir été volé à la maternité, trois jours après sa naissance.

"On a dit à ma mère que son fils était mort…"

Pendant les 20 premières années de sa vie, Mohammed Ali a cru être le fils biologique des Bennani, un modeste couple de Marocains installés à St Julien-les-Villas, près de Troyes, dans l’est de la France. Mais en 2002, il découvre par hasard que ce n’est pas le cas. Alors que sa mère est absente, il tombe sur le certificat de stérilité de son père, décédé 13 ans plus tôt.

"Ma mère m’a alors expliqué que j’avais été adopté. Elle a versé des larmes de crocodile et m’a dit que ma mère biologique était morte", raconte à France 24 Mohammed Ali. Le choc est rude. Mais le jeune homme encaisse et attend quelques années, et la naissance de son premier enfant, pour entamer une quête qui l’emmène au Maroc, à l’hôpital de Salé, où il est né.

Il accède aux archives de l’établissement où le certificat de décès d’un nourrisson né le même jour que lui l’interpelle. De fil en aiguille, il dénoue l’énigme de sa naissance. "Ma mère a accouché le 20 septembre 1981 par césarienne, sous anesthésie générale. Les médecins m’ont mis sous couveuse avant qu’elle n’ait le temps de me tenir dans ses bras", raconte Mohammed Ali. Trois jours plus tard, alors que sa mère n’a toujours pas pu le voir, le nourrisson est déclaré mort.

"Les médecins ont sorti un bébé tout fripé du frigidaire, ils l’ont enveloppé dans un linceul ensanglanté et l’ont rendu à ma famille pour qu’il soit enterré", poursuit-il. Son père, cadre de la garde royale du roi Hassan II, insiste alors pour faire enregistrer l’enfant prétendument décédé à l’état civil. C’est grâce à ce certificat de décès que Mohammed Ali a réussi, 20 ans plus tard, à retrouver la trace de ses parents biologiques. Il a repris contact avec sa mère qui l’a "reconnu"et mène désormais un combat administratif pour faire reconnaître sa filiation avec une idée en tête : prendre le nom de son père biologique et le transmettre à ses enfants.

"Ils m’ont volé ma vie"

Brahim Kermaoui, lui, n’a pas eu cette "chance". Elevé à Gennevilliers, en région parisienne, par une mère instable et placé à la Ddass dès le collège, Brahim apprend qu’il a été adopté à l’âge de 12 ans. "Mon éducateur avait convoqué ma mère et c’est là qu’elle a lâché que j’avais été adopté et qu’elle ne voulait plus s’occuper de moi. Ça a été comme un coup de poignard", raconte-t-il à France 24.

S’en suit une longue dérive du garçon qui sombre dans la délinquance et passe par la case prison à l’âge de 20 ans. C’est dans la solitude de sa cellule, où nul ne lui rend visite, qu’il "réalise qu’il n’a pas de famille. Les Kermaoui m’ont volé ma vie". En sortant, il est décidé à retrouver ses racines. À 21 ans, il se rend au Maroc où il fait parler sa famille adoptive. Il apprend ainsi que ses parents adoptifs ont adopté un premier bébé à l’hôpital de Berkane, mais ce dernier a péri 15 jours plus tard. Ils l’ont alors échangé contre un autre bébé : Brahim.

Dans quelles conditions ? Il n’en sait pas plus : de son adoption, il n’y aucune trace administrative, aucune preuve, aucune archive. Brahim ne sait rien de sa naissance : ni la date, ni le nom de ses parents biologiques. Quant au décès de l’enfant qu’il a "remplacé", aucune trace non plus. "Quand je suis allé à la Préfecture au Maroc, ils m’ont dit qu’il y avait de nombreux décès de nouveau-nés qui n’ont pas été enregistrés", poursuit-il.

Le Maroc muet

Aujourd’hui, Brahim a l’impression de crier dans le vide. Il a écrit son histoire dans "L’enfant égaré", une autobiographie publiée à compte d’auteur pour interpeller sur ce trafic peu documenté et peut-être, trouver des réponses.

Mais le manque de preuve rend l’enquête difficile, voire quasi impossible. Interrogée par France 24, la journaliste Asma Ainoune, qui anime au Maroc la populaire émission de télévision "Moukhtafoune" (Les disparus) dit avoir été souvent sollicitée par des individus recherchant leurs parents biologiques. "Il y a un problème de manque preuves, donc on ne peut pas savoir s’il s’agit d’un kidnapping, d’une vente illégale ou juste d’un abandon", explique-t-elle.

En 2013, au moment de l’enquête espagnole, l’information a fait scandale dans la péninsule ibérique, d’autant plus qu’elle fait écho au drame des enfants volés sous le franquisme. La presse a multiplié les articles. Des mères ont lancé des appels pour retrouver des enfants disparus. Puis le soufflé est retombé et depuis, plus rien. Le Maroc n’est jamais sorti de sa réserve. Interrogé par France 24, le ministère marocain de la Santé dit n’avoir aucune information sur la question.

Brahim a tenté d’alerter le roi Mohammed VI comme Emmanuel Macron mais n’a reçu aucune réponse. Aujourd’hui, il a un rêve : créer une banque d’ADN au Maroc pour permettre aux familles de rechercher des proches disparus, comme c’est le cas au Sri Lanka également frappé par ce fléau.
Deborah
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Message par Deborah le Sam 23 Fév - 16:19

https://www.bondyblog.fr/opinions/tribune/moi-brahim-kermaoui-enfant-vole-au-maroc-la-recherche-de-mon-histoire/

« Moi, Brahim Kermaoui, enfant volé au Maroc, à la recherche de mon histoire »


Par Bondy Blog  Le 16/05/2018

Brahim Kermaoui, Français d'origine marocaine, fait partie des nombreuses victimes d'un trafic de bébés au Maroc dans les années 70 et 80. Depuis plusieurs années, il se bat pour connaître la vérité et retrouver ses origines.

Je m’appelle Brahim Kermaoui et je suis né au Maroc, le 22 août 1978. Du moins, c’est ce qui est indiqué sur mes papiers d’identité. Car ma naissance est entourée de non-dits et de mensonges. Je raconte mon histoire dans un livre, L’Enfant égaré, pour rappeler que le trafic de bébés, dont j’ai moi-même été victime, est un fléau qui a frappé près de 30 000 enfants entre 1970 et 1982, au Maroc, et qui sévit aujourd’hui encore. Une histoire qui peut être dévastatrice pour les individus. Je souhaite que ce que j’ai vécu, qui reflète les souffrances de tant d’autres enfants arrachés à leurs origines, ne puisse plus se reproduire.

Je n’ai pas tout de suite su que j’étais un enfant égaré. Je fus élevé par Ali et Safia Kermaoui, tous deux originaires d’Aklim, une toute petite ville marocaine située près de Berkane sur la route qui mène à Nador. En 1970, ils s’installèrent en France, dans un vieux studio délabré à Gennevilliers, dans les Hauts-de-Seine. J’y vécus de mon plus jeune âge jusqu’à mon départ pour la DDASS. Ce départ, je l’accueillis avec soulagement car la vie auprès de ceux qu’à l’époque j’appelais « papa » et « maman » était remplie de souffrances. Ali était sévère et autoritaire. Les corrections qu’il m’affligeait pouvaient être terribles. Safia, totalement disloquée par la vie, perdait la raison et me laissait livré à moi-même. 

Lorsque j’eus cinq ans, le couple se déchira. Ali voulait d’autres enfants, Safia ne pouvait lui en donner. Ils s’arrachèrent l’appartement familial. Cette discorde se solda par des coups. Je m’interposai pour défendre Safia et me retrouvai la bouche en sang. J’avais six ans… et du courage à revendre. Ali partit et me laissa entre les mains d’une femme sombrant dans la mélancolie et démissionnaire de son rôle de mère, ainsi qu’entre celles de mon oncle maternel, Ahmed, perpétuellement saoul. Aucun amour, aucune attention ne m’entourait. Je me sentais abandonné.

Je n’avais aucun moyen d’accéder à l’histoire de mes origines

La violence était partout. Chez moi, mais aussi à l’école par un instituteur pendant deux ans. Où trouver du réconfort ? Certainement pas dans le quartier où nous habitions. Les trafics, de drogue notamment, y étaient nombreux. Mes amis devenaient des délinquants et le plus grand du quartier, que tout le monde craignait, profita de mon besoin d’attention et d’affection pour avoir des comportements déviants envers moi jusqu’à mes onze ans. J’aurais voulu qu’il cesse. J’avais honte, je me sentais sale, mais impuissant devant sa cruauté. Je n’avais personne à qui me confier, personne pour me défendre. 

La décision de mon placement à la DDASS fut prise. J’avais douze ans et je me retrouvai seul. À mes yeux, je n’avais plus rien, plus de parents, et je me résignai. Je fus déplacé de foyers d’urgence en familles d’accueil. Pourtant, j’avais besoin d’une famille, d’amour. J’appris qu’Ali, lui, avait refait sa vie. Il avait 5 enfants.

Pendant les vacances, je retrouvais le vieux studio. Safia ne se préoccupait pas de moi et mon oncle, Ahmed, rentrait tard le soir. Un jour, celui-ci revint ivre. Me trouvant encore dehors avec mes copains, il me battit avec violence. Le visage tuméfié et en sang, je parvins à m’échapper jusqu’au commissariat d’où l’on me conduisit à l’hôpital. Je ne portai pas plainte. 

Cependant, cette mésaventure interpella les agents de la DDASS qui convoquèrent Safia. Ce fut pendant cet entretien qu’elle énonça l’impensable : « Brahim… Il n’est pas mon vrai fils. Vous pouvez le garder, il me coûte trop cher, je l’ai adopté au Maroc ». Pour elle, la DDASS n’avait qu’à me garder. 

C’était trop. Je quittai la pièce et sus que je ne l’appellerais plus « maman ». Je compris enfin que cette indifférence parentale avait une cause : j’avais été adopté. Plus tard, on me rapporta le peu d’explications livrées par Safia : mes vrais parents étaient morts dans un accident de voiture. Mais sa version des faits changeait sans cesse. Je tentai de m’informer auprès d’Ali, mais celui-ci continua à refuser tout contact avec moi. Je n’avais aucun moyen d’accéder à l’histoire de mes origines. J’étais orphelin pour la deuxième fois.

Je porte l’identité d’un enfant mort à la naissance

Je fus placé dans le foyer de Melun, proche d’un centre de formation. Là-bas, j’étais un jeune parmi d’autres jeunes en difficulté. Je ne parvins pas à m’investir sérieusement dans l’apprentissage d’un métier. Et puis, je revenais à Gennevilliers tous les week-ends. J’y retrouvais un ami qui avait de mauvaises fréquentations : des jeunes dans le business de la drogue dure. Malgré moi, je rentrai dans le monde du trafic, du haut de mes treize ans. Finalement, c’était à la DDASS que je me sentais le mieux. J’y restai jusqu’à l’âge de dix-neuf ans. 

Quand je rentrais chez moi, j’étais perdu. Je fumais du haschich, buvais de l’alcool et vendais de l’héroïne. Je finis par passer plusieurs mois derrière les barreaux. Je sentais que je courrais à ma perte dans cet environnement. Je voulus partir vivre au Maroc, pour suivre la voie de l’islam et étudier le Coran, mais Safia fut expulsée. L’immeuble devait être détruit pour cause d’insalubrité et nous fûmes relogés. Je restai à ses côtés et ne pus réaliser mon projet, mais ma croyance en Dieu donna un sens à ma vie et m’aida à me créer un avenir.

Ali mourut en 2010. Son décès me décida : il fallait que je remonte aux sources de mon existence. Depuis, je mène sans relâche cette quête de mes origines. J’ai passé deux mois au Maroc et j’ai découvert que les enfants abandonnés sont un sujet tabou. La « kafala » interdit l’adoption plénière et s’oppose en général à la procédure d’adoption au nom de la famille, considérée comme pilier de la société. J’ai appris que je n’étais pas né le 22 août 1978. Je porte l’identité d’un enfant mort à la naissance, celle du premier bébé qu’Ali et Safia étaient allés chercher à l’hôpital. Il n’avait pas survécu, alors on était venu me prendre, à mon tour, et on m’avait attribué son nom et sa date de naissance. J’ai tout tenté pour en savoir plus. J’ai interrogé le personnel de l’hôpital où je suis né, ceux du ministère et de la mairie de Berkane. Le nom de celle qui m’a mise au monde ne figure sur aucun document. Les papiers ont été trafiqués. Je me retrouve égaré dans un filet de mensonges et dépossédé de ma réelle identité.

Créer une banque d’ADN au Maroc

Je ne perds pas l’espoir de connaître un jour ma mère. Je continuerai mes recherches, jusqu’à obtenir des réponses, avec la volonté, qu’un jour, les enfants enlevés à leurs parents et marqués pour toujours par le flou de leurs origines puissent obtenir reconnaissance et justice.

J’use de tous les moyens en ma possession pour y parvenir : écrire mon histoire, la rapporter aux gens et aussi un grand projet, celui de de faire a vélo 2 400 km pour rencontrer le Roi du Maroc, Mohammed VI, pour m’aider à ouvrir une enquête et créer une banque d’ADN au Maroc pour permettre à chacun de rechercher leurs proches disparus. Donnons de l’espoir à nos jeunes et transmettons-leur un message : s’accrocher à tout prix dans les moments difficiles.

Brahim Kermaoui
Deborah
Deborah
Admin


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Message par Chouiabezef le Sam 23 Fév - 21:25

Brahim j espère que tu trouveras des réponses....
Tu n as pas été adopté, tu as fait l objet d un trafic....honteux et criminel.

Il y a une histoire similaires et d envergure : nombreux enfants de l ile de la réunion ont eu le même sort et on servit de mains d oeuvre dans les campagnes françaises

C etait ds les années 70 si je ne me trompe pas

Chouiabezef


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